Nomades de la Plaine Infinie

2003 – 2013 : sur une période de 10 ans, Grégoire Bouguereau a parcouru durant plusieurs mois les grands espaces africains. Il y a côtoyé de très près les félins sauvages, à l’instar des léopards en Afrique du Sud – sujet de son premier livre Saseka Nyeleti – et des guépards en Tanzanie, thème principal de son dernier ouvrage Nomades de la Plaine Infinie qui sort fin novembre. De ses voyages, le photographe a sélectionné 146 clichés. Il les présente dans cet ouvrage agrémenté de textes racontant ses rencontres avec la faune africaine et la vie tantôt paisible tantôt agitée des fauves et de leurs proies.

7 récompenses entre 2010 et 2013 aux deux concours majeurs de la photographie animalière 

Le travail minutieux et passionné de Grégoire Bouguereau, entre éthologie et photographie, a été récompensé par plusieurs prix et salué par la presse internationale. Six clichés présents dans l’ouvrage Nomades de la Plaine Infinie ont reçu au total sept récompenses par les deux principales compétitions annuelles de photographie animalière au monde : le GDT European Wildlife Photographer of the Year en Allemagne et le Wildlife Photographer of the Year au Royaume-Uni, organisé par le Musée d’histoire naturelle de Londres et BBC Wildlife. Chaque année, ils ne sont que quelques-uns à voir leurs photos sélectionnées parmi des dizaines de milliers de clichés présentés par des photographes du monde entier. Les six photographies du livre distinguées présentent des guépards, lionceaux, gazelles, éléphants, ainsi qu’un lion et une hyène dans des moments émouvants de quiétude comme dans des instants tragiques, notamment à travers des scènes de chasse époustouflantes.

Il est 6h40, comme souvent la journée commence à côté du petit bois d’épineux ; en me retournant j’ai pu juger de l’imminence de la journée qui s’annonce, pour l’instant le soleil n’est qu’une pépite qui écorne le flanc du volcan Lemagurut, mais je sais que dans un instant une lumière de métal en fusion va déborder de ce creuset naturel pour se déverser dans la plaine sans fin, couchant les ombres, donnant leur relief aux premières scènes de vie de la plaine du Serengeti.

L’œil rivé à mes jumelles, balayant la plaine infinie, je découvre l’entrée en scène des acteurs de ce théâtre vivant qui vont rejouer pour moi, dans une représentation unique et inédite, le jeu millénaire et fascinant de la vie et de la mort.

Dans la valse des destins qui s’accomplissent, rien n’est jamais garanti ; jusqu’à la dernière seconde l’espoir côtoie l’improbable, et à peine ces instants dramatiques sont-ils consommés que leur trace n’existe plus que dans nos mémoires.

Ailleurs, des foules immenses se pressent, et ce matin je serai l’unique témoin des expressions variées de cette vie qui foisonne. Mais à quelle urgence, à quelle impérieuse nécessité, à quel système l’homme a-t-il pu vendre son temps et peut-être son âme, pour que ce monde lui soit devenu à jamais étranger ?

Par ce travail commencé en 2003, fruit d’une étude prolongée pendant une dizaine d’années, entre éthologie et photographie, Grégoire BOUGUEREAU vous propose sa vision du monde sauvage et des guépards en particulier.

 

 

Extraits du livre:

Mars 2003

Dans le cercle d’ombres formé par un acacia, au milieu de la plaine infinie, une souche penchée évoque la silhouette d’un guépard scrutant l’horizon. Ici, tout comme au milieu de l’océan, rien n’arrête le vent qui balaie la plaine. Ses assauts répétés font légèrement osciller le véhicule. Les mains crispées sur mes jumelles, j’échoue à stabiliser la forme imprécise au centre de la visée.

La matinée est déjà bien avancée et à cette distance – peut-être entre un et deux kilomètres – la brume de chaleur crée des volutes qui lèchent la silhouette, rendant son contour mouvant et l’identification incertaine. Au faîte de ma concentration, j’éprouve même l’illusion que la forme se déplace légèrement. Pour les certitudes, il me faudra encore attendre que nous avancions de 500 mètres ou d’un kilomètre : là, je pourrai reprendre mon observation avec, je l’espère, davantage de succès ; mais déjà dans mon esprit l’espoir trace son chemin.

Une fois parvenu à destination, c’est une famille Guépard qui m’attend. Une mère et trois jeunes presque adultes. J’allais vivre en leur compagnie, dans un singulier mélange d’espace et de liberté, deux jours complets d’une intensité proche de l’ivresse, car le lendemain j’eus la chance de les retrouver à proximité de cet arbre qui semblait le point cardinal de leur territoire.
Sentinelle centenaire, témoin du temps immobile, cet acacia isolé au port majestueux présentait un tronc en forme de Y, dont la partie verticale de 3 à 4 mètres constituait pour les jeunes un exercice d’escalade d’une telle virtuosité qu’il ne m’a jamais été donné de revoir une performance comparable.

Dans l’insouciance de leurs jeux, les jeunes, avec une simplicité admirable, exprimaient une liberté qui me fascinait d’autant plus que je la reconnaissais comme tout à la fois familière et inaccessible. Et c’est là, à cet instant précis, que cette aventure a commencé.


28 décembre 2011

Du lever au coucher du soleil, mes journées se déroulent en présence de May et de ses deux jeunes mâles. Après quelques jours passés ensemble, l’un des jeunes est devenu tellement familier que dès les premières lueurs matinales, entre deux courses-poursuites avec son frère, il ne peut résister à l’envie d’inspecter mon véhicule. Il l’escalade et invariablement, dans un rituel devenu quotidien, moi le buste sorti par le toit ouvrant et lui grimpé sur le toit, nous nous retrouvons face à face à moins d’un mètre l’un de l’autre. Chacun doit ressentir cette fascination naturelle d’une espèce pour une autre. J’aime alors prononcer à son intention des phrases apaisantes et je m’amuse de son regard mi-inquiet mi-étonné.

 

19 avril 2007

Ce matin, mes recherches sont centrées au sud, autour de la piste menant au village de Makao. Depuis presque deux heures, je scrute aux jumelles la plaine. Sans succès. La répétition du procédé m’entraîne dans une monotonie que je suis content de rompre en faisant une pause thé à l’ombre d’un des deux magnifiques acacias isolés au beau milieu de la plaine.

Je marche à quelques mètres du véhicule, la tasse à la main. Je médite… Mon envie de trouver un guépard et l’énergie que je dépense à le chercher ne doivent pas me faire oublier la chance inouïe d’être dans ce cadre magnifique préservé de l’intervention humaine. Finalement, l’essentiel est peut-être plus dans la démarche que dans le résultat.

Je marche ainsi, le nez dans ma tasse et perdu dans mes pensées, quand, en relevant la tête, je me fige. Un guépard est assis à quelques dizaines de mètres ! Il me regarde fixement avec cette attention soutenue mêlée de crainte que les animaux peuvent avoir lorsque, même habitués à la vue d’un véhicule, ils sont surpris de voir un humain s’en extraire. 

Un félin, en s’allongeant dans les hautes herbes, peut totalement échapper à votre vue. C’est parfois un autre animal qui, par son attitude, va trahir la présence du prédateur. Avec l’expérience vous pouvez même, dans bien des cas, en fonction du niveau de nervosité apparent de chaque herbivore, deviner assez précisément à quel niveau de risque et donc à quel prédateur la proie est confrontée.

16 mai 2008

Depuis quelques jours, j’ai un rendez-vous presque quotidien avec Lune et sa turbulente portée de six guépards de cinq mois environ. À un ou deux kilomètres près, elle varie peu dans sa localisation, et les cavalcades des jeunes dans les premières lueurs du matin facilitent le repérage.

Ce matin, après l’incontournable partie de jeux où les jeunes alternent les rôles du prédateur et de la proie, Lune semble décidée à quitter la zone. Elle oriente le mouvement de la troupe vers les collines qui barrent l’horizon à l’ouest.

Au milieu de la plaine, un ravinement millénaire a creusé son sillon de terre noire. Depuis quelques minutes, nous longeons cette ride torturée qui sinue sur plusieurs kilomètres du centre de la plaine jusqu’à une étendue marécageuse lorsque, occupé à ranger mon matériel à l’intérieur du véhicule, je suis surpris par une série de grognements rauques suivis d’un bruit de galopade.

J’ai à peine le temps de hisser la tête à l’extérieur que je capte brièvement la fuite effrénée de deux jeunes guépards. Ils longent chacun un côté de mon véhicule. Plus loin, Lune fait face à deux têtes de lionnes qui dépassent des hautes herbes !

 

23 avril 2013

Il y a longtemps que je ne sais plus si aujourd’hui est un dimanche, un lundi ou un mercredi. À bien y réfléchir, l’idée même que l’on puisse donner par avance un nom à un jour me paraît saugrenue. Toutefois, j’ai conscience que cette aventure toute entière s’inscrit dans une parenthèse. Le moment tant redouté de tourner la dernière page approche. Il y a quelques jours, je suis retourné sous l’arbre où j’ai vécu mes premières scènes… Aucun guépard n’était au rendez-vous mais c’était ma façon de leur souhaiter bonne chance. Puis il y eut autre chose. En revenant au même endroit, j’ai pu mesurer le chemin parcouru et une évidence s’est fait jour : ce que l’on peut apprendre ici tient davantage de ce que l’on ressent que de ce que l’on observe ; le sens de cette vie porte infiniment plus loin que le pouvoir apparent d’attraction du spectaculaire des scènes qui la composent. Chacun est touché au plus profond, dans sa crainte de la mort, dans son désir de vivre. De ces observations j’ai récolté plus de questions que de réponses. Il reste tant à découvrir, à comprendre ! J’en accepte d’autant plus volontiers l’augure qu’en conservant leur part de mystère, les guépards me laissent ma part de rêves.

 

20minutes.fr« Des photos qui témoignent d’une patience aussi étendue que les espaces qu’il a parcourus, dans le Parc national du Serengeti, en Tanznie. » 20 minutes, décembre 2013

photo« Une expérience magnifique et unique.(…) Il y a bien une magie africaine qui laisse sans voix et rend heureux. » Figaro, décembre 2013

chasseurdImages«  Peu de photographes peuvent se targuer d’avoir été primés dans trois principaux concours européens de photo nature (GDT, BBC Wildlife et Montier). C’est le cas de Grégoire Bouguereau. Pour autant, il ne faudrait pas réduire la production de l’Orléanais à quelques clichés spectaculaires. La sortie de Nomades de la Plaine Infinie, livre somme retraçant dix années vécues au contact de la faune africaine, offre une immersion salutaire dans le travail de l’auteur, au fil d’images saisissantes rythmées par les notes de terrain de l’auteur » Chasseur d’Images, 2013

nat« Il nous fait vivre l’attente de ses longues heures d’affût, le plaisir devant l’insouciance des jeunes félins, mais aussi l’exaltation et parfois la frayeur face aux parties de chasse et la dureté du quotidien. Un ouvrage coup de cœur. » Nat’Images, février-mars 2014

images nature« Un beau livre, pour un reportage au sens pur du terme. » Images Nature, mars 2014

grand reportage« Chroniques guépardiennes», tel pourrait être le titre de ce remarquable travail photographique, plusieurs fois primé, en lisière de l’éthologie (…). »  Grands Reportages, mars 2014

laNouvelleRep« (…)les textes pleins de poésie disent l’intimité entre le photographe et les animaux.»  la Nouvelle République, novembre 2013

terre de loire« Au-delà d’un témoignage éthologique, « c’est une remise en cause de notre mode de vie», qu’annonce Grégoire Bouguereau. Épatant miroir pour l’homme que ces images sur lesquelles pèse son absence.»  Terre de Loire, décembre 2013

 

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